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Liberté, Égalité, Fraternité.

 
Les vvvéritables valeurs de la République,
et le rôle de la fraternité.

 
Février 2004

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Résumé, réflexions et commentaires
a propos de « FRATERNITE EGALITE et LIBERTE » de Rudolf Steiner,
( résumé par Henri NOUYRIT,
Edt. Triades - 2002)
 
     
 
    Au moment où la communauté européenne est sur le point de ratifier une constitution qui sanctuarise la loi du marché, et ce en l'absence d'assemblée constituante (Le monde diplomatique de janvier 2004), élargissons notre point de vue à certains faits de l'histoire contemporaine.
    Entre 1917 et 1920, Rudolf Steiner lance son mouvement pour la « tri articulation ». Comme Marx qui vivait en Angleterre à l'époque l'avait analysé, Steiner observe qu'à l'Ouest, particulièrement dans le monde anglo-saxon, l'économie marchande depuis longtemps domine l'État et la culture. Au même moment, à la suite de la révolution d'octobre, les bolcheviques mettent en place une société dans laquelle la culture, au nom de l'idéologie marxiste, prend le contrôle de l'État et de l'économie. Dans le même temps la montée du nazisme, dans le pays même où Steiner a lancé son mouvement pour la « tri articulation » est une variante plus singulière du même type de prise de pouvoir. Dans tous les cas, l'empiétement d'une sphère sur les autres conduit à des déséquilibres dramatiques …

    Si les sociétés humaines se sont organisées pour faire face aux nécessité quotidiennes, elles le sont plus encore par les idées sur la façon de procéder.
    L'histoire montre l'importance du mouvement des idées et ceci doit conduire à la certitude selon laquelle non seulement la personne humaine n’est pas réductible aux seules conditions matérielles de son existence, mais de plus, elle ne sera satisfaite de son organisation sociale que si celle-ci embrasse aussi les autres dimensions de son être, qui peuvent s'envisager sur la base de ces trois éléments essentielles : la pensée, le sentiment et la volonté.

    la société aussi peut-être envisagé d’un triple point de vue. Il ne s'agit pas de découper le tout social en trois parties, mais de le rattacher à trois principes, chacun étant souverain dans son domaine:
- une sphère dite culturelle, immédiatement liée à la vie de l'esprit et à ses créations.
- la sphère politique organise le champ juridique, l'État en est le garant.
- la sphère économique se préoccupe de toutes les activités de production et d'échanges, de biens de services et de valeurs.
    En ce qui concerne les trois domaines de « l'organisme social » nous notons que les valeurs emblématiques de la république les définissent et les contiennent parfaitement :
    La liberté doit nécessairement présider à la vie de l’es¬prit, à la sphère culturelle.
    Chacun aspire à l'égalité devant la loi et devant la justice. l'État devrait, dans la vision de Steiner, voir sa mission réduite à la protection du droit et des citoyens et à la mise en oeuvre des lois, être le garant impartial et incontesté du droit et de la justice.
    S'il considère maintenant la fraternité comme le principe directeur de l'économie c'est que les concepts de partage, de réciprocité, de co responsabilité qu'elle contient lui paraissent de nature à répondre beaucoup plus adéquatement aux besoins des hommes. Etant donné la complète interdépendance des protagonistes dans cette sphère de la production, des échanges et de la consommation, l’égalité à cet endroit ne peut être qu'une abstraction, et la liberté à l'origine du vol ou de la spoliation.
    Pour être réellement féconds, ces trois grands principes fondateurs de la république doivent s'appliquer à leur domaine propre, si on intervertit l'ordre des valeurs, le chaos s'empare de la société, « Le mal est un bien qui n'est pas à sa place ».
    Ainsi par exemple, la liberté sans frein appliquée au domaine de l’économie a des conséquences insupportables pour le corps social, le libéralisme a crée plus de pauvreté et de misère que cela n'est tolérable. Mais il en va de même si l'on veut soumettre l’économie à un principe d'égalité. On l'a vu historiquement le pouvoir pris en otage, par la prédominance de l'économie dans le premier cas, ou par la prédominance d'une idéologie emprisonnant l'État dans le second, prive la sphère culturelle de la liberté dont elle a besoin pour remplir sa mission de fécondation et de renouvellement de la société, engendrant un déséquilibre toujours plus grand.
    L’État ainsi confisqué sera juge et partie dans toutes les activités et aura perdu toute capacité d'arbitrage dans le domaine qui est vraiment le sien par nature: le droit.
On peut observer que l’application du principe d'égalité au domaine de l’esprit serait tout aussi dénuée de sens que celui de la liberté au domaine du droit.
    Dans nos pays s'exerce encore et toujours la pression pour qu'au nom de la «liberté » de l'entreprise on s'efforce de rogner les protections assurées par la loi.
    Or la liberté ne saurait prétendre « faire la loi » à la place de l'égalité dans la sphère du droit, pas plus qu'elle ne peut s’imposer comme principe conducteur de l'économie alors que c'est l'objectivité des besoins et les capacités d'y répondre qui en sont le moteur réel.
    Par contre, il est non moins évident que sans imagination créatrice, sans volonté de recherche, sans faculté d'initiative, sans capacité de jugement sur les choses et sur les êtres, la vie économique, comme la sphère du droit, sont atteintes de paralysie.

    De tout temps l'homme et la société se sont transformés, mais l'époque actuelle, mère de la quantité, est le siège de tant de transformations qu’il en résulte plus de conflits sociaux que nous ne semblons pouvoir en éponger.
    Au chapitre des transformations sociales il faut en noter une fondamentale, qu'il n'est pas question d'approfondir ici, mais que l'on peut résumer en ces termes :
    En deux siècles, depuis la révolution industrielle, la rationalisation du travail et les gains de productivité sous la pression du libéralisme économique ont achevé d'exploser les structures et les identités sociales qui avaient résisté au monde préindustriel. Ce sont les transformations imposées par la pression économique qui ont fait renoncer l'homme à ses appartenances sociales de groupe, pour lui permettre dans le meilleur des cas d’élaborer une identité individuelle.
    De moins en moins guidé par l'instinct social collectif qui caractérisait la société ancienne, l'homme a perdu la capacité de former un jugement social juste à l’échelle d'une communauté humaine plus vaste. Et les «individus» isolés dans le monde contemporain ne disposent plus de la faculté de compréhension de la vraie nature du lien social, qui peut être seulement comprise dans l'appartenance respectueuse à la collectivité… Cette perte de repères dus à la quantité des transformations, nous a laissé en proie aux «hérésies républicaines» suivantes:

    La première hérésie est de laisser la liberté à la sphère de l'économie. Le champ de l'économie libérale devient celui où la liberté de penser, la liberté sous toutes ses formes se focalise. Du fait le champ culturel se trouve privé liberté et celui de l'égalité juridique aussi s'en trouve perturbé quand les acteurs du marché n’y ont plus d’autre choix que de se soumettre à la loi du plus fort. Cela aboutit à un détournement du bien commun. Finalement le libéralisme spolie le bien républicain au profit d'une élite.
La deuxième hérésie non moins absolue est d'appliquer le principe d'égalité à la sphère culturelle. Ici c'est la société « juridique » qui intervient dans le champ culturel. Une idéologie s'empare de l'État, qui au service du principe d'égalité, envahit le champ culturel et le prive de liberté. Ce faisant, l'État prive aussi le domaine juridique d'égalité et d'autre part, prive le reste de la société du ferment de la liberté de pensée. C'est en général le cas des dictatures.
    la troisième hérésie, est d'appliquer le principe de fraternité, d'interdépendance, à la sphère culturelle. Ici c'est la société « civile » qui vient prendre en otage la liberté du champ culturel. On y trouve confondus l'influence des sectes, et les menaces exercées par les extrémismes religieux, tant qu'ils ne se sont pas emparés du pouvoir de l'état. Ce phénomène encore minoritaire aujourd'hui est portant violemment combattue par les autres « hérésies », l'intégrisme spirituel, ou religieux expose la société à la culture des fanatiques ou des terroristes avec les conséquences que l'on sait.
    La réalité, plus complexe que ces descriptions schématiques, est pourtant le résultat de la confusion dans l'exercice du pouvoir de chacune des trois sphères. Au contraire, l'exercice harmonieux des trois principes, liberté égalité fraternité, chacun dans son domaine, fait sans aucun doute penser à la «troïka du disciple» et à sa généralisation au plan collectif.
    Aussi pour aller de l'avant, il est urgent de clarifier les critères, notamment ceux de la souveraineté. Qui est souverain dans chaque domaine ?
    La liberté est souveraine dans le monde de l'esprit.
    L'égalité est souveraine dans le monde juridique, l'État doit en être le garant. Mais l'État, garant de l'égalité souveraine n'a pas le pouvoir de faire et de défaire la loi, il y a seulement le pouvoir de la faire appliquer. Si la démocratie est le mode de souveraineté choisi pour une république, c'est le peuple qui en est le souverain.
    La fraternité est souveraine dans le domaine de l'économie.

    Autrement dit, la liberté est la grande loi, le principe directeur, qui s’il régit effectivement toute la vie culturelle, pourra féconder la sphère du droit et celle de la vie économique tout en respectant leur autonomie. Et c'est bien la condition qu'il faut remplir pour que le principe de fraternité puisse s'imposer durablement dans l’économie, car les formes dans lesquelles s'inscrira cette fraternité devront évoluer en permanence sous l'impulsion de la liberté culturelle et de sa créativité. Ce qui par exemple, ne serait pas possible sous le joug de la «troisième hérésie», tant que la fraternité s'occupe de ce que vous devez penser, comment vous devez vous habiller, vous voiler... En un mot s'interpose dans le champ de notre liberté culturelle, plutôt que de se réaliser comme élément structurant, comme pierre angulaire de la construction sociale dans la sphère de l'économie.
    Pour des frères et soeurs aujourd'hui il ne suffit plus d'échanger fraternellement des biens et des services, mais il leur faut de plus savoir que cette activité s'inscrit de droit dans un cadre républicain plus large, et plus encore qu'ils en soient fiers et qu'il le fasse savoir.
    Dans cette perspective le rôle de la fraternité est bel et bien de bâtir un tissu social, des entreprises fraternelles, capable d'intégrer le travail salarié dans une dimension fraternelle et de s'inscrire dans la société civile, et son flux commercial, au même titre que n'importe quelle entreprise actuelle. En un mot de devenir l'exemple vivant d'une économie où la souveraineté fraternelle et son mode de gouvernement démocratique sont notoires et font l'objet de publicité.

    Il est important de bien comprendre que le niveau actuel de productivité de nos sociétés, est lié bien sûr à la rationalisation de travail, mais surtout que chaque segment de l'économie est devenu dépendant des autres, au niveau planétaire global. La rationalisation du travail est la mère de la quantité et de l'abondance, mais elle est aussi irréversiblement est indissociablement la cause de l'interdépendance de tous les protagonistes, des producteurs aux consommateurs.
    Les gains de productivité ultra quantitatifs d'aujourd'hui sont le résultat de deux siècles de sacrifices. Ensemble nous pouvons engendrer de l’abondance pour tous, mais nous ne pouvons le faire ni individuellement, ni en faisant abstraction du travail réalisé par nos aînés. Et c'est encore là un des effets secondaires inattendus du capitalisme, sans le vouloir, le capitalisme est le fondement industriel de la fraternité.

    « Le vrai bonheur d’un ensemble d’hommes travaillant en commun, est d’autant plus grand qu’est réduit le profit personnel que chacun peut tirer de son travail, c’est-à-dire qu’il cède de son profit à la communauté, et que ses besoins sont assurés non par son propre travail mais par celui des autres membres de la collectivité » R.S.

 
   
MP